La Grande Arche de la Défense, vous connaissez ? Cette construction monumentale de verre et marbre blanc,qui ouvre une perspective unique au Monde, Louvre, Avenue des Champs Elysées, Arc de Triomphe et la Défense, mais son histoire la connaissez vous ?
Laurence Cossé reconstitue avec talent l'histoire captivante et poignante de l'Arche de la Fraternité, ce projet utopique, un rêve architectural.
Laurence Cossé, journaliste et écrivaine confirmée, Grand Prix de Littérature de l'Académie Française a su conjuguer dans un récit puissant, l'art de la narration et la précision d'une enquête.
J'en ai fait une double lecture, la reconstitution chronologique de cette construction de 1983 à nos jours, avec ses multiples et complexes défis, et, les soubresauts politiques, bien français de la navigation à vue qui l'ont constamment menacée.
La Grande Arche est née de la volonté de François Mitterrand qui a voulu comme la Pyramide de Pei du Louvre, la Bibliothèque Nationale de Dominique Perrault, la Cité de la Musique et l'Institut du Monde Arabe, laisser une trace dans l'histoire de la France.
C'est en 1982 qu'a été lancé un grand concours international, dont l'objectif était " de rendre une unité à l'ensemble disparate de la Défense et réorganiser une architecture dévertébrée". 887 candidats se sont inscrits dont les plus grands noms de l'architecture mondiale. Or, après éliminations successives, le choix sur maquette anonyme de François Mitterrand s'est porté sur un Grand Cube Ouvert...et stupeur après ouverture des plis, il était proposé par un architecte danois, illustre inconnu : Johan Spreckelsen.
Johan Spreck....était un poête, un artiste, il a dit de l'Arche "qu'un cube, ça n'a pas d'échelle, c'est une figure pure, aérienne, à la limite sans usages". Mais quand il s'est agi de donner des épaisseurs au béton, de calculer la résistance des poutres...de faire des choix techniques,Johan Spreck ....était toujours sur la défensive, de peur que l'on dénature l'œuvre, son œuvre...
Vous avez certainement remarqué que cet édifice monumental ( 106,90 m de large, 110,90 m de hauteur, 112 m de longueur) ne s'inscrivait pas parfaitement dans l'axe, il est désaxé de 6,5°, ce n'est ni une erreur, ni une foucade de l'architecte, mais la conséquence imprévue de contraintes de fondations, qui a l'usage permet d'apparaitre en 3 dimensions...
Les batailles techniques incessantes, les atermoiements politiques sur son usage, les restrictions de crédit entrainèrent la démission de Johan Spreck... en 1986 et son décès en 1987.
" Plutôt abandonner que cautionner l'altération de l'œuvre de l'esprit, plutôt mourir "
Ainsi, la légende universelle du sacrifice d'un être humain dans toute œuvre monumentale s'est elle réalisée ? L'Arche de la Défense n'est pas tout à fait celle que Johan Spreck avait rêvé.
L'architecture monumentale n'est qu'une suite de défis. Paul Andreu l'architecte français qui pris la suite a dit " Si l'Arche inaugurée en 1989, est si puissante et si singulière, c'est que Spreck était inexpérimenté, visionnaire, non conforme, sans doute déraisonnable et d'une folle présomption "
F Mitterrand avait eu seul contre tous cette intuition géniale.
A lire absolument.
Etienne Remaud