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Commencée en 2015, la mobilisation des éleveurs ne faiblit pas, et, s'ils manifestent c'est parce que les prix à la production se sont effondrés. Et ce ne sont pas les subventions supplémentaires, et réduction des cotisations sociales, mesurettes de crise qui règleront le problème car la crise est conjoncturelle et structurelle.

Les médias nous abreuvent journellement d'images d'éleveurs exaspérés, qui bloquent la circulation, déversent des tonnes de détritus divers devant les bâtiments publics, les grandes surfaces, bientôt les coopératives (qui leur appartiennent) les abattoirs industriels, le Crédit Agricole pourquoi pas et l'Europe bien entendu ....

C'est pas moi, c'est lui

Or, la détresse des éleveurs qui vivent cette crise est bien réelle et très profonde, 10 % des élevages seraient en danger, et 10 à 20000 élevages pourraient disparaître, car les prix pratiqués ne leur permettent pas de vivre de leur travail, et en 2016, c'est une situation intolérable.

La crise de l'élevage est conjoncturelle.

Vous remarquerez que ce n'est pas tout le monde agricole qui est en crise, les céréaliers, les viticulteurs, ne manifestent pas, de même que les éleveurs de volailles dont la filière très intégrée leur permet de mieux résister aux variations des cours.

La crise s'est amplifiée en 2016 avec l'effondrement des cours du lait, du porc et de la viande. Les accords de prix minimum conclus avec la grande distribution en 2015 n'ont pas été appliqués, auxquels se sont ajoutées les conséquences du blocus russe, et de la fin des quotas laitiers. La tentation était grande pour les distributeurs de s'approvisionner sur le marché mondial pour bénéficier de la baisse des prix engendrés par la surproduction.

Or nos voisins européens, mieux équipés, mieux préparés, avec des unités de production plus grandes ( en France 47 vaches par exploitation, au Danemark 123), et des coûts de production plus faibles, ont naturellement tiré leur épingle du jeu.

La France doit aider socialement ses éleveurs à passer cette crise et permettre à ceux qui restent de s'adapter aux nouvelles conditions du marché, et ce n'est pas seulement un problème de prix à la production, comme on veut bien nous le faire croire...

La crise est structurelle.

La fixation des prix agricoles, on le voit, ne peut pas obéir aux seules lois de l'offre et de la demande, et ce pour plusieurs raisons:

- le progrès technique est limité par des facteurs physiologiques, il faudra toujours 9 mois à une vache pour faire un veau.

- les conditions de production dans l'Union Européenne sont trop différentes pour laisser jouer la libre concurrence.( normes, coût du travail )

- l'U E qui avait libéralisé les marchés agricoles devra revoir sa position, sans revenir aux quotas, le levier des seuils d'intervention est un outil parfaitement adapté.

- les agriculteurs français devront reconquérir les filières de commercialisation, et du mouvement coopératif qu'ils ont abandonnés, face à 4 ou 5 Centrales d'achat très puissantes.

L'agriculture a vécu depuis des dizaines d'années sous perfusion des aides européennes, avec l'assentiment bienveillant des pouvoirs publics et du syndicalisme agricole, pendant que nos voisins, réformaient leurs structures de production. "Tâter le cul des vaches au Salon de l'Agriculture, ça ne fait pas une politique agricole"

L'agriculture française plus que toutes autres est à un tournant, doit elle se recentrer sur une vente plus qualitative avec indication précise de l'origine des produits ou évoluer vers le productivisme ?

Ce n'est évidemment ni tout l'un, ni tout l'autre, les jeunes présents à la Conférence organisée par l'IREO des Herbiers le 10 janvier en étaient bien conscients.

Sans réforme des structures de production en France et sans régulation des marchés agricoles par l'UE, il ne peut y avoir de solutions durables à cette crise.

Etienne Remaud

Tag(s) : #Politique

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