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Oui, assurément si l'on mesure l'onde de choc provoquée par le tragique spectacle du petit Aylan mort noyé sur une plage de Bodrum en Turquie, haut lieu du tourisme.

L'image qui a fait le tour du monde en quelques clics, image terrible de ce petit corps échoué sur une plage, le visage caressé par les vagues a suscité une émotion collective sans précédent.

Et pourtant, depuis de nombreux mois, les images de familles de migrants fuyant leur pays pour l'eldorado européen inondaient notre quotidien dans une relative indifférence. Les médias regorgeaient d'images de réfugiés venus de Syrie, d'Erythrée ou d'ailleurs, affluant vers l'Europe, troupeaux humains parqués aux frontières, franchissant les barbelés, peuples prenant d'assaut les trains ou les bus mis à disposition et aussi, le sauvetage tragique de bateaux poubelles, et de cercueils débarqués de tous ceux qui ont péri lors de ces dramatiques traversées.

L'Europe, comme d'habitude affichait son impuissance, les hommes politiques leurs divergences ( Quota, ou, pas quota par exemple) et les opinions publiques partagées et souvent gênées se muraient dans un silence pudique.

Alors, pourquoi cette image terrible de ce petit garçon, seul sur une plage a t elle changé notre regard ?

Cette image qui a fait le tour du Monde en quelques minutes, a heurté notre sensibilité de parents nous a subitement réveillés, symbolisant plus que de longues incantations notre impuissance et notre indifférence collectives.

Et subitement le concert des nations s'est libéré, l'effet papillon a joué pleinement. Entre l'Allemagne et l'Autriche qui ont affiché clairement leurs positions de terres d'accueil, et la Hongrie et les pays du Golfe qui souhaitent un accueil sélectif, et le reste des pays de l'espace Schengen, qui ne disent rien ou attendent, les positions se sont petit à petit affirmées.

Contrairement à l'Allemagne dont le déficit démographique pointe à l'horizon, la France s'est engagée timidement dans un processus d'accueil de 24.000 réfugiés politiques sur 2 ans,( Cf Conférence de Presse de F Hollande), et tous les autres clandestins, personne n'en parle, car il faudra les reconduire à la frontière, et cela, c'est beaucoup moins glorieux...

En France, l'opinion publique est encore majoritairement contre l'accueil massif ( 56 %) d'immigrés sur notre sol, le chômage élevé, et l'absence de perspectives optimistes y sont certainement pour quelque chose.

Or,à la faveur de cette émotion collective, il est étonnant de voir le cirque politico médiatique surfer sur ce drame humain.

- 66 artistes apportent leur soutien, mais je n'ai pas encore vu ce qu'ils proposent ?

- des hommes politiques veulent accueillir une famille d'émigrés dans leur domicile, à défaut d'être réaliste, la proposition fait bien pour l'opinion.

- des journaux, Libération par exemple, s'excusent auprès de leurs lecteurs de n'avoir fait paraître l'image tragique du petit Aylan, que plusieurs jours après les autres. Incroyable, non !

- le Pape François, dont les paroles habituellement sont toujours pleines de bon sens, a demandé à toutes les paroisses d'accueillir une famille ?

C'est mieux que rien, mais il ne faudrait pas que notre angélisme émotionnel masque l'autre réalité, de nos chômeurs en fin de droits, des chrétiens d'Orient massacrés, des Roms, éternels errants et autres exclus de la société.

Il ne faudrait pas qu'à la faveur de cette émotion sélective et contagieuses suscitée par l'image terrible d'Aylan , ces émigrés bénéficient d'un régime de faveur que nous ne sommes pas en mesure de réserver à nos concitoyens.

Etienne Remaud

Tag(s) : #Société

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